Et maintenant… quoi ?

    Premier article d’une série sur les changements nécessaires.

 

quoi

Au même titre que la vague verte du printemps monte depuis les régions plus chaudes de la planète vers le nord, des milliards de personnes auront été confinées pendant plusieurs semaines ou plus.

En même temps, l’économie traverse la période la plus bizarre qu’elle ait jamais connue au cours de l’histoire humaine. Finalement, les gouvernements gèrent les défis avec des degrés variables de réussite. Je ne parle pas seulement de la situation de santé publique actuelle. Cela inclut également la manière dont nos dirigeants ont géré les défis planétaires au cours des dernières décennies.

Nous avons donc d’un côté les systèmes économiques et politiques qui nous gouvernent. De l’autre côté, il y a ces milliards de personnes, nous, qui avons pour la première fois depuis très longtemps l’opportunité de réfléchir, individuellement et collectivement. La question que je pose ici est :  dans quelles conditions allons-nous retourner sur nos lieux de travail et comment mesurer le “facteur santé” de ce que nous faisons en tant qu’individus et en tant que membres d’une entreprise, d’une organisation. Beaucoup veulent participer au changement planétaire, et les circonstances présentes constituent une opportunité unique de contribuer à une transition rapide et bénéfique.

Tout événement catastrophique change la donne. Je suis certain que vous pouvez penser à plusieurs de ces “game changers”, y compris comment les dinosaures ont disparu de la surface de la planète. Au cours de l’histoire récente, la différence principale entre le Covid-19 et les autres événements et que les seules catastrophes vraiment globales étaient financières. Les autres événements : guerres, attaques terroristes ou catastrophes naturelles étaient géographiquement limitées même si leurs effets étaient perçus globalement.

Ce qui définit un “game changer”, c’est qu’il y a un “avant” et un “après”. Nombreux sont ceux et celles qui travaillent de leurs domiciles, mais viendra un jour où ces personnes retourneront sur leur lieu de travail, leur usine, leur bureau, leur comptoir.

Sérieusement, croyez-vous que tous ces gens, vous et moi y compris, vont simplement se remettre au travail comme après un retour de vacance ? Bien sûr que non, même si cela n’inclut que ceux qui sont attentifs à ce qui se passe sur la planète.

Considérons ce changement de donne depuis différentes perspectives.

La personne

Au plan personnel, les expériences auront été diverses. Certains auront été malades ou auront perdu des proches. Mais même sans de telles tragédies, quelque chose aura ”bougé” en chacun d’entre nous. Cette expérience, cette transformation devra être exprimée. Nous sommes des êtres sensibles, et ce qui ne s’exprime pas s’imprime. Par conséquent, soit nous prenons notre place, soit nous courons le risque de nous réembarquer dans une croisière silencieuse vers… nulle part.

Aussi, quelque chose de merveilleux aura émergé des défis et des difficultés du confinement. Il faudra partager cela aussi, pas seulement les peurs et les contraintes. Sur le plan individuel, les gens devront partager leur expérience. Le partage en petits groupes structurés y contribuera.

Il y aura bien sûr des opposants. Ces personnes qui sont dans le déni ne font que tourner le dos à leurs propres peurs et chercheront à se jeter à nouveau dans l’agitation et l’activité pour diluer ces peurs. Ne tombez pas dans ce piège.

Une deuxième activité qui devra avoir lieu est d’échanger sur la raison pour laquelle nous faisons ce que nous faisons, aussi bien au niveau de l’équipe que des différentes couches de l’organisation. Cela mènera à envisager sous un jour nouveau ce qui doit être fait et comment. Il s’agit de conversations profondes qui nécessitent une écoute de qualité, et il faudra prendre le temps. Soyez prêts à découvrir de multiples raisons pour voir les choses différemment.

Continuer à faire la même chose en espérant un résultat différent est une définition de la folie.

L’organisation

Sous l’angle collectif et organisationnel, c’est une opportunité. Au-delà de la raison pour laquelle nous accomplissons notre travail, il faut chercher le sens. Qu’est ce qui a du sens et qu’est ce qui n’en a pas, ou plus ? Si vous voulez faire partie de ce changement de donne, rappelez-vous que continuer à faire la même chose en espérant un résultat différent est une définition de la folie.

Toujours au plan collectif, poser des questions significatives et recevoir des réponses porteuses de sens est une belle opportunité de créer de nouvelles perspectives et donc de nouvelles réalités. Les questions sont nombreuses et vous saurez lesquelles poser. N’abandonnez pas ces questions tant que vous n’avez pas de réponses significatives. La bureaucratie, les habitudes, les mauvais comportements et le management dysfonctionnels seront mis en danger et vont se défendre par tous les moyens. Ne lâchez rien.

Le dernier niveau de perspective est celui de la planète. Il y a encore quelques décennies, ce niveau n’était même pas envisageable. Il est maintenant évident que la planète fait “partie du jeu”. Une fois de plus, parler de sauver notre futur sur la planète et ne rien faire est absurde. Nous devons mettre un terme à cette absurdité et nous somme aujourd’hui en mesure de le faire. Cela commence au niveau individuel en exposant votre perspective et en posant des questions porteuses de sens.

Pensez à votre travail, à ce que vous faites. Est-ce bon pour vous ? Je connais des gens qui ont une vie professionnelle horrible mais bénéficient d’un salaire confortable. Cela a t’il du sens ? Chacun pourra avoir une réponse différente. Dans le même ordre d’idées, d’autres aspects peuvent être considérés.

Le muscle de la satisfaction reportée que l’on nous fait travailler à juste titre depuis l’enfance s’est-il tellement développé que les peurs qu’il engendre nous empêchent de vivre dans le moment présent ? Il est utile de penser à notre futur et à celui de nos proches, mais si cela doit se faire au dépend de passer du temps précieux avec ceux que nous aimons, il faut se poser la question. La vie, c’est maintenant.

Ensuite vient la question de la soumission. A quoi et à qui vous soumettez vous ? Il est facile de se soumettre à une idée, un système de croyance ou une autorité extérieure, et cela a souvent du sens. Mais qu’en est-il lorsque cette soumission dépasse sa date de péremption ou se transforme en esclavage ? Il est facile de dépasser la limite car le passage est le plus souvent inaperçu. En pensée systémique, on utilise l’image de la grenouille dans la casserole pour décrire des schémas de comportement destructeurs. Les amphibiens sont des animaux à sang froid et l’histoire dit que si vous placez une grenouille dans une casserole et que vous chauffez l’eau, la grenouille sera cuite avant d’avoir pu s’en rendre compte. Où vous situez vous par rapport à l’autorité intérieure et extérieure ? Où en êtes-vous par rapport aux limites ?

Considérez ce que fait l’organisation pour laquelle vous travaillez. Nous venons de couvrir ce qui est bon pour vous, mais il faut également considérer le sens, le but de votre organisation. Est-ce uniquement pour l’argent ? Si c’est le cas, il y a un problème. Dans “uniquement pour l’argent”, le mot qui compte est “uniquement”. Ce n’est pas le sujet de cet article, mais “uniquement” l’argent ne va rien résoudre. Bien au contraire.

Votre organisation est-elle consciente des différents écosystèmes avec lesquels elle interagit ? Par écosystème, il faut entendre non seulement l’environnement physique mais aussi l’environnement humain : les employés, les clients, utilisateurs et autres parties prenantes. La valeur réside dans les écosystèmes, pas dans ce qu’ils “fabriquent”. Le moment est venu d’avoir ces conversations. Elles auront lieu si vous en êtes les initiateurs et initiatrices.

Si vous regardez d’un peu plus près, vous verrez que certaines organisations sont là simplement parce qu’elles le peuvent, mais n’apportent pas de valeur ajoutée en termes d’écosystèmes. Elles occupent simplement une case dans laquelle elles pouvaient rentrer. Ce type d’occupation a perdu tout son sens et finit évidemment par avoir des conséquences négatives sur tous les plans. Nous savons depuis Darwin et Wallace que les espèces qui ne peuvent s’adapter à leur environnement finissent par disparaître. Notre environnement opérationnel change à un rythme élevé et un grand nombre d’organisations ne pourront pas survivre. C’est une bonne nouvelle, car elles laisseront la place à d’autres, porteuses de sens.

La planète

Ce que fait votre organisation et la raison pour laquelle elle le fait sont-ils bénéfiques pour la planète ? Cette question est importante car il est devenu impossible de justifier de contribuer à une organisation qui n’est pas alignée avec la préservation de la planète. Mais soyons réalistes, nous sommes au vingt et unième siècle et nous sortons de multiples décennies durant lesquelles nous avons brûlé toutes sortes de carburant comme s’il y en aurait toujours. Prenez en compte l’existant et considérez les tendances auxquelles vous pouvez participer. Votre perspective compte.

– Bon pour vous

– Bon pour votre organisation

– Et bon pour la planète.

Nous avons maintenant un outil de mesure. Tout ce que vous faites doit être :

– Bon pour vous

– Bon pour votre organisation

– Et bon pour la planète.

Chacun de ces points doit être aligné avec les deux autres. Toutes les cases doivent être cochées et aucune ne peut rester vide. Aucune excuse, que cela soit la continuité du business, la conformité, “c’est comme ça qu’on a toujours fait” ou encore “on n’a pas de temps pour ça” n’est acceptable. Cet alignement entre ces trois points est la mesure du sens commun et du bien commun. Dorénavant, tout ce à quoi nous participons doit être bon pour nous, bon pour notre organisation et bon pour la planète.

Je vous souhaite de belles aventures pendant que vous changez le monde !

L’article suivant met en perspective le croisement de deux systèmes en cours.

About the author

Stephane Baillie Gee

Stephane Baillie-Gee is a senior consultant. He works on advanced management and leadership in the scope of organizations of the future. He also helps bridging the communication gap between Western and Chinese cultures and organizations.